Récit de Marcel Cadaut

Extrait de « Maquis dans la plaine », de la Bresse à l’Alsace avec les résistants FFI et chasseurs du 2ième BCP de René Pacaut, troisième édition revue et augmentée des récits du Capitaine Vic.

Groupe de Baudrières (Henri Vallat)

Le chef est tombé à la tête de son groupe, mais l’une de ses meilleures recrues, Marcel Cadaut, de Baudrières, a tenu à faire connaître ce que fut la lutte d’une poignée de gars courageux qui durent gagner leurs armes avant de pouvoir participer au combat.

Récit de Marcel Cadaut :

Dès la débâcle de 1940, des patriotes, répondant au premier appel du Général de Gaulle, décident de continuer la lutte, En août 1940, un membre du groupe fabrique de faux papiers et réussit après un premier échec, à atteindre deux camarades prisonniers près de la frontière. M. Servy, de Chalon-sur-Saône, déporté de Buchenwald, se charge du passage de la ligne de démarcation et leur évasion réussit. En mars 1942, un local est repéré pour servir de dépôt d’armes, mais l’affaire ne peut avoir lieu, M. Perrin, de Tournus, qui s’en occupe, étant chassé par les boches.

En 1943, deux camarades chalonnais viennent chercher asile au pays. Ce sont Vallat Henri et Bernizet Pierre, patriotes bien connus qui se chargeront par la suite d’organiser la Résistance. Janvier 1944 voit l’arrivée du premier maquis, le groupe François, qui trouve auprès de nous l’appui le plus complet. Ne pouvant nous armer, seul le camarade Roger Jupille peut les suivre. II sera, en mars, arrêté par les miliciens à Mâcon, torturé à Montluc et n’ayant pas avoué, déporté à Buchenwald où il sera libéré en mai 1945.

En mai 1944, suivant les consignes de Londres et attendant impatiemment le débarquement, nous formons ainsi notre groupe armé de fusils de chasse et de revolvers.
Chef : Vallat Henri ; sous-chef : Gautheron Claude.
Membres : Bernizet Pierre ; Brongniard Claude ; Cadaut Marcel ; Flattot Georges ; Gros Francis ; Jupille André ; Martel Lucien ; Pelletier Francis ; Veau Raymond.

En juin, arrivée d’un groupe important de F.F.I. sous les ordres du lieutenant Maury qui nous charge de lui fournir tous renseignements utiles et de la surveillance des mouvements de l’ennemi en regrettant de ne pouvoir mieux nous armer.

A Saint-Germain-du-Plain, un de nos hommes (1), circulant en vélo, se trouve en présence de plus de 20 boches se plaçant en embuscade ; il Simule un arrêt dans une maison proche, fait demi- tour en vitesse et peut, ainsi, à 300 mètres de là, arrêter 3 voitures de la Résistance, lieutenant Maury en tête, avec 23 hommes qui, à toute allure, allaient tomber dans le piège. En remerciements, nous touchons notre première mitraillette. Des démarches sont faites au P.C. du commandant Goujon, nous ne pouvons, non plus, obtenir d’armes, mais nous sommes placés sous lès ordres du peloton Maury et nous restons en liaison avec lui au cours de ses fréquents déplacements.

En juillet, la région est pillée par des inconnus qui opèrent la nuit, masqués et armés. Durant plusieurs nuits, nos hommes sont de garde, sans résultat, mais nous tenons la bonne piste et le 26 juillet, en plein jour, nous prenons les bandits dans leur repaire à Ormes. Le butin volé et trouvé à leur domicile est important et deux des bandits sont arrêtés. Formellement reconnus, ils avouent leurs forfaits. Nous les conduisons ligotés au domicile de notre chef Vallat en attendant le retour de l’un des nôtres parti prévenir le groupe, mais entre temps, un groupe F.T.P. commandé par le lieutenant Jacques est arrivé sur les lieux. Après un bref interrogatoire, les bandits reconnaissent les faits, sont conduits dans le bois proche et exécutés par les Tournusiens.

Nous avons maintenant touché d’autres mitraillettes et, sur les ordres du lieutenant, nous faisons de jour et de nuit des barrages sur les routes, ramenant à son P.C. quatre Italiens et un milicien maçonnais nommé Ravinet. Nous avons gagné l’absolue confiance de notre chef et fréquemment le camion vient nous prendre pour des opérations assez lointaines de la localité.

Le 2 septembre, de fortes colonnes allemandes sont de passage sur la route de Bourg à Chalon, A un certain moment, deux boches passent seuls sur la route. Ils sont faits prisonniers, mais l’un d’eux peut s’enfuir car nous avons été repérés et d’autres ennemis ouvrent le feu sur notre petit groupe qui se retire dans les bois.

Le 3 septembre au matin, un renfort nous arrive du peloton Maury, commandé par le sergent Desplanches. Nous sommes bien armés, bien placés, mais impuissants devant une forte colonne d’artillerie arrêtée à peu de distance.

Huit avions alliés arrivent pour la mitrailler, vite nous signalons notre présence en agitant un drapeau tricolore, et nous empêchons aux boches, par notre feu, de pouvoir se réfugier dans les bois proches. Leurs pertes ne seront pas connues car, dans leur retraite encore bien organisée, ils ramassent leurs morts et leurs blessés. Nous compterons toutefois le surlendemain 114 chevaux tués, ce qui prouve l’importance de l’engagement.

L’après-midi, un camion boche avec 4 hommes arrive au bourg de Baudrières. Alerté immédiatement, nous décidons de les attaquer. A la sommation de « Haut les mains », un boche tente de s’emparer de la mitraillette du sous-chef Gautheron ; il est alors abattu par le jeune Flattot. Deux autres seront également tués tandis que le quatrième se protégeant parmi les civils qui se sauvent affolés, réussit à s’enfuir. Le groupe Maury arrivant de suite après la bagarre emmène le camion chargé d’obus, d’explosifs et ravitaillement. Le même soir, trois prisonniers sont faits, nous les gardons en lieu sûr et dès la libération nous leur ferons enfouir les chevaux tués. Le 4 septembre, un camion du peloton Maury prend en renfort notre groupe et se place près de la route de Simandre. A son habitude, notre chef Vallat est en tête ; faisant feu, il tue un boche, en blesse un deuxième, mais il est alors lui- même atteint d’une balle explosive en pleine poitrine. Le sergent Desplanches tente de ramener son corps, mais il est lui-même blessé ; une automitrailleuse ouvre le feu sur notre groupe qui doit se replier et nos hommes, la rage au cœur, doivent attendre le soir pour ramener la dépouille de notre vénéré chef. Après lui avoir rendu les honneurs au cours de ses émouvantes funérailles, nous remettons au groupe sept prisonniers, une bézouka, torpilles, fusils de guerre et tout le matériel dont nous nous sommes emparés. Tous les membres du groupe, sauf trois retenus par d’impérieuses raisons d’âge ou de situation de famille, s’engagent la plupart au 2e B.C.P. Pelletier Francis, engagé à la 1re D.F.L., blessé au cours de la campagne d’Italie, sera promu au grade d’adjudant.

Nos camarades Brongniard, Flattot Georges, Veau Raymond, ont trouvé une mort glorieuse devant Mulhouse, le 15 décembre 1944. Notre petit groupe de patriotes si cruellement frappé, a fait apposer, à ses frais, au monument aux Morts, des plaques de marbre à la mémoire de nos héros, il conserve pieusement leur souvenir et a fait, à leurs familles éprouvées, le vœu sacré de ramener les dépouilles de leurs enfants. »

(1) — La modestie de l’auteur de ces lignes l’a empêché de dire qu’il s’agissait de lui.