Mémoire de guerre

Un certain 3 septembre 1944, soudain, ce fut un déluge de feu et d’acier

Le dimanche 3 septembre 1944,

Aimé Broux n’était âgé que de six ans, pourtant cette journée restera gravée dans sa mémoire à tout jamais, tant elle fut forte en émotions. Témoin de cet épisode historique, Aimé nous raconte.

 « Septembre 1944, l’armée allemande se replie. Elle remonte en direction de l’Alsace, en empruntant la route de Chalon. Cette colonne est essentiellement composée par la Wehrmacht, armée traditionnelle allemande.

Vers 10 h, trois avions anglais (des Spitfires) partis de la base de Courlaoux, les uns derrière les autres prennent la colonne allemande en enfilade. Ils mitraillent de Simandre à Tenarre. Les soldats allemands sont affolés et se réfugient un peu partout. L’après-midi, vers 16 h, Aimé et son père, Georges, discutent dans le jardin avec leur voisin, Baptiste Mazué.

Un camion allemand de la colonne, avec quatre soldats, stationne devant le café (aujourd’hui L’Embuscade). Un des soldats allemands dort dehors sur la bergère et les trois autres consomment à l’intérieur du café.

Soudain, j’entends un coup de feu tiré par un maquisard au travers de la porte du café. Le soldat est tué, l’impact est encore visible, bouché par du mastic. J’entends courir sur la route, mon père me passe par-dessus le mur de clôture et me dit : « Sauve-toi vite chez Baptiste», où il me rejoint. Le soldat qui courait sur la route rentre dans la cour de Baptiste Mazué, il passe derrière et rejoint la vigne de Marcel Cadaut. Le maquis lui tombe dessus, il est à genoux, les bras levés et dit : « Camarade», il lui est répondu « Pas de camarade qui fasse» et Claude Gautheron l’abat d’un coup de feu que j’entends encore. Le troisième fut tué sur le trottoir du café. Le soldat allemand qui dormait dehors s’enfuit par la rue de la Croix-Gaillard et le cimetière. Voyant que les maquisards emmenaient le camion de son armée, route de Saint-Vincent, il leur tire dessus, provoquant une peur bleue à Maurice Spilman, réfugié juif à Baudrières. Monté sur le marchepied du camion, il a entendu les balles siffler à ses oreilles. Ce soldat allemand réussit à s’enfuir. Les maquisards avaient été avertis de la présence de ces soldats au centre bourg de Baudrières. Ils ont décidé d’intervenir et ont garé leur véhicule, route de Saint-Vincent.

Dans un premier temps, les cadavres sont cachés dans le jardin planté en pommes de terre attenant au café. Jugeant que la cachette n’est pas très sûre, ils sont chargés sur une brouette et enterrés par Joseph Blanchard, alors fossoyeur, dans le pré situé à droite avant l’intersection de la route de Donant. Par peur de représailles, les habitants du bourg vont passer la nuit dans leurs familles résidant dans les villages voisins.

Le lendemain de l’événement, le maire, M. Marceau, demande que les corps soient relevés, mis dans un cercueil et enterrés dans le cimetière de Bau­drières. Plus tard, les Allemands sont venus récupérer les dépouilles pour les rapatrier en Allemagne.»

Septembre 1944,

Yvette Gros est à Tenarre dans la ferme de ses parents, située au bord de la départementale. Elle a alors 13 ans et certaines images sont encore bien présentes dans sa mémoire.

Les soldats allemands remontent en convoi. Ils n’hésitent pas à piller les maisons inhabitées. C’est ainsi qu’Yvonne, maman d’Yvette, a dû leur faire cuire des morceaux de lard qu’ils avaient volé dans un saloir. Les chevaux les intéressent : Francis, son papa, passe par les bois et cache sa jument à Saugy. Les vélos sont également très convoités et on s’empresse de les mettre à l’abri. Sauf, se rappelle-t-elle, pour le vélo à pneus pleins du pépé Gros : les Allemands l’ont abandonné au bout de 50 mètres.

C’est une période très difficile, tout le monde a peur et il est difficile de travailler. Les soldats passent dans les fermes, boivent et font n’importe quoi. Ils savent qu’ils ont perdu la guerre et n’ont plus rien à perdre.

Ce dimanche de septembre 1944, les Anglais bombardent le convoi allemand de Simandre à Tenarre. Un soldat allemand se réfugie chez Yvette, dans la cuisine où elle se cache avec sa maman. Son grand-père est derrière le poêle. Elle revoit encore ce soldat dans le coin, plaqué, avec son fusil contre lui, leur faisant signe de ne pas bouger… Elle ne sait plus combien de temps ils resteront comme cela, tous les quatre, prostrés à subir le bombardement. Il finit par partir, déposant des cigarettes et des bonbons…

80 chevaux furent tués ce jour-là, une vision d’horreur de Simandre à la route de la Verne. Ils ont été enterrés sur place. Yvette n’a jamais su combien de soldats allemands avaient été tués.

8 mai 1945,

Yvette n’oublie pas non plus que ce jour-là, M. Pichard, son ins­tituteur, a distribué à chaque élève de Tenarre un drapeau français afin de le déposer à la barrière, bien visible de la route.

Extrait de « 2019, L’INFO MUNICIPALE »
Témoignages recueillis et rédigés par Yves Lombard