Maufin aviateur

De tout les temps, les hommes, les malins c’ment les simples, ent été trementés de l’idée de vouler. Jean-Liaude Maufin s’en ave occupé dès sa jeunesse. Quand il fut mérié il émoudit on meulin situé sus la commune de Sévegny-Vermont ou de Flacey, je ne sais pieu trop au juste.
Ce meulin avait été bati au temps du déluge : é faille qu’é piouille quarante jos apeu quarante neits po qu’é pouille torner po moudre on demi double de trequis. Le monni ave donc grandement du temps de resta po songi à résoudre le problème de l’aviation.
On jo que le tacot marchève, i déclarit à sa fomma ap à dos mouillants qu’étadevint lieu to d’engrener, qu’il ave trouvé le moyen de vouler ap qu’il vouille essayià l’instant même. Il prit n’échella, montit su la fiéta de son meulin, après avoir étèchi des vans es épaules ap es brés, pis il créit à sa fomma :
— Angeline ! je ne sais pos quand je rentrerai, tins les piarres toujes bien enchepiées, ne vole pos les clients . . . , ap demore-me fidéla si tu poux !
Ap i se lancit das l’espace.
I voulit jusque das la revire. Sa fomma ap les dos mouillants eürint toutes les poines du monde à le retiri, à moitié gela , de l’aigue ave ses dos vans laïs es brés. On ére en hiva ap l’aigue ére au large. C’ment on li diève qu’i n’ave pos été loin :
— Ah ! qu’il répondut en givrotant, si j’a . . . j’ave eu l’esprit d’pouser mes dos sabots, . . . j’ j’n’sais pos . . .jusqu’à quoâ . . . j’arre été.
Jean-Liaude Maufin a été un précurseur.

Extrait de : « Les Contes de Panurges » de Jacques Roy ».

Maufin aviateur

De tout temps, les hommes, les intelligents comme les moins intelligents, ont été tourmentés par l’idée de voler. Jean Claude MAUFIN s’en était occupé dès sa jeunesse. Quand il fut marié il était meunier dans un moulin situé sur la commune de Savigny-Vermont ou de Flacey, je ne sais plus bien au juste.
Ce moulin avait été bâti au temps du Déluge : il fallait qu’il pleuve pendant quarante jours et quarante nuits pour qu’il puisse moudre un demi-double de maïs. Le meunier avait donc grandement du temps de reste pour penser à résoudre le problème de l’aviation.
Un jour que le moulin marchait, il déclara à sa femme et au deux clients qui étaient venus pour faire moudre, qu’il avait trouver le moyen de voler et qu’il voulait essayer dès l’instant même. Il prit l’échelle, monta sur la faîtière de son moulin, après s’être accroché deux vans aux épaules et aux bras, il cria à sa femme :
— Angéline ! Je ne sais pas quand je rentrerai. Tiens bien les pierres toujours bien aiguisées, ne vole pas les clients . . ., et demeure moi fidèle si tu le peux !
Et il se lança dans l’espace.
Il vola jusque dans la rivière. Sa femme et les deux clients eurent toutes les peines du monde à le retirer, à moitié gelé, de l’eau avec ses deux vans liés aux bras. On était en hiver et puis l’eau était en cru. Comme on lui disait qu’il n’avait pas été loin :
— Ah ! Qu’il répondit en grelottant, si j’avais eu l’esprit de … de … poser mes sabots, je ne sais pas jusqu’où j’aurais pu aller .
Jean Claude MAUFIN était un précurseur.

Traduction personnelle de l’extrait : « Les Contes de Panurges » de Jacques Roy ».

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