Les seigneuries

Le territoire de Baudrières a toujours été partagé entre plusieurs possesseurs. Les seigneurs de Tenarre. St Vincent et St Germain du Plain y avaient de droit entre autres et toute la contrée dépendait du haut fief des Sirs de Seurre et de Ste Croix.
Baudrières fit partie d’une seigneurie appartenant aux Sires de la Porte dont nous retrouvons en 1019 Thibault, le 1er seigneur connu.
Au XIIIè Baudrières est partagé entre les Berze alliés aux St Trivier et les Tenarre. A cette poque, le nom des familles est changé par rapport aux terres dont ils héritent ou dont ils se rendent acquéreurs. C’est ainsi que dans la succession des Berze, Yolande, fille de Hugrus IV et d’Adeline de la Porte portant sa part d’héritage à Guy de Chabeu , seigneur à St Trivier en Dombes prit alors le titre de seigneur de St Triver. De leurs 4 enfants Jean de St Trivier eut l’héritage de Baudières : il épouse Marguerite de Marcilly fille de Hugues seigneur à Branges, mais décéda peu après alors que son ils n’était pas né : de 1323 à sa majorité Jean II le Posthume resta sous la tutelle de sa mère, laquelle fit hommage de Branges au grand seigneur le comte de Savoie en 1334. Il laisse comme successeur en 1373, Hugues seigneur de St Trivier Sandrans (Ain), Branges, Chazelles et de Baudrières. Hugues épousa Jeanne de Beaujeu, dame de Chazelles en Dombe. Malgré son illustre mariage, il ne parvient pas à faire face à une situation financière désastreuse et se voit réduit, pour payer ses dettes, à vendre un affranchissement à ses gens de Baudrières : cela signifiait leur laisser la liberté de se gouverner seuls, mais moyennant finances.
L’affranchissement a lieu en 1373. Le seigneur offre aux habitants de supprimer la main morte, droit perçu par le seigneur sur les gens sans hériter : s’il n’y a pas d’héritier direct, il récupère tous les biens, moyennant 85 Francs. Mais il donne des garantie, il ne retient rien ni sur la possession ni sur la propriété. L’affranchissement, c’est la liberté de garder sa propriété, c’est être libéré de certains impôts. Mais le seigneur reste le seigneur, et il y encore d’autres charges qui subsistent. Guillaume de St Trivier, fils et successeur de Hugues, seigneur de Baudières, confirme en 1379 l’affranchissement de c village.
Guillaume de St Trivier eut 3 héritiers, dont une fille, Guillemette qui poussa Gauthier de Marcilly, seigneur de Gergy, lui apportant une partie des terres des confins de Baudrières, dont il s’empressa de vendre en 1440 les terres et justices de Porcherand (entre Roussenne et St Germain) à Oudot Malain conseiller de Monseigneur le Duc de Bourgogne.
Après le décès de Guillaume de St Tivier, qui était échanson du Duc de Bourgogne, sa veuve épousa Claude de LUGNY, seigneur de Ruffey.
A partir de là il y a rupture : une partie de la seigneurerie appartenant aux St Trivier Chyvannis et Roussenne, fut vendue à un chalonnais Pierre Cornet puis à Guigone de Salins, dame d’Oiny et d’Authumes, veuve de Nicolas Rollin chanclie de Bougogne. Rappelons que Nicolas Rollin, marié à Guigone de Salins, firent bâtir ensemble l’ Hôtel Dieu de Beaune. C’est après le décès de son mari que Guigon achètera et régira ses terres de Baudrières jusqu’en 1470. Son successeur fut Jean Rollin, cardinal d’Autun pieur de l’Abbaye de St Marcel. Jean Rollin est dit seigneur de Baudrières en 1472. Après 1480, ce territoire est entre les mains de Jacques Poinsot, écuyer puis des de Fussey, dont le fils se marie avec Philiberte de Corclla dont la mère était une Tenarre. Pierre de Fussey est seigneur de Baudrères en 1560. Il vend en 1584 Baudrières à Messire Joackim de St Vincent.
Au début du XVIème, l’autre partie de la seigneurie est passée aux Ferrières. Noua rivons à une situation inextricable où toutes les seigneuries de la région ont apparentées et ont des intérêts imbriqués sur de petits territoires, voire même sur un hameau.
Mais que ‘est il passé vers 1513 ? A cette date, Jacques d’Eguilly cède pour lui et ses héritiers à Claude CHAPUIS de Baudrières la moitié de sa main morte jusqu’à valeur de 6 écus d’or au soleil. La main morte avait été abolie mais quand il y a vente à d’autres seigneurs, le nouveau seigneur peut la ré instituer. L’acte est signé à Chalon. Deux ans plus tard en 1515, M. d’ Eguilly vend à Joachim de Châtenay de lieux qui lui viennent par succession et main morte. Nous voyons ainsi que l’affranchissement de Baudrières ne resta ne réalité autant que la seigneurie resta dans la succession directe des St Trivier.
Avant de rencontrer les dernières générations de seigneurs de Baudrières, essayons d’imaginer les constructions, aujourd’hui disparues, qui ont été élevées par ceux que nous venons de rechercher.
M. Monnier dans l’annuaire de Saône et Loire de 1856 signale :
– les ruines du château de Roussenne sur lesquelles s’élève un bâtiment, actuellement la propriété de M. Hantz. Ce château était celui des St Trivier, sans doute le plus ancien.
– les ruines du château des Combes de St Vincent à Baudrières, au lieu-dit « la citadelle ». Une citadelle était alors un château construit sur une butte dans un but défensif. Che château élevé en 1521 fut édifié par les Ferrières. Il possédait un corps de bâtiment avec 2 ailes en retour. Mais il fut en partie détruit en 1596 à la suite d’une loi du 6 août 1793 demandant la démolition des châteaux, ce qui représentait le principe féodal. Nos aïeux s’exécutèrent, essayant d’accorder obéissance à l’état et sauvegarde des bâtiments ils en détruisirent une petite partie en se gardant bien d’en changer le plan initial : le cadastre de 1838 montre encore la bâtisse avec ses 2 ailes en retour. Si comme certains auteurs le prétendent, un boulin (nids dans le pigeonnier) représentait 1 arpent de terre (soit environ 42 ares 21), le pigeonnier de ce château en comptait de 480 à 500 donc un droit de seigneurie situé entre 201 et 210 hectares.
L’emplacement de cette citadelle est actuellement localisé chez la famille Goyard Durand au bourg.
Il aurait pu en signaler un autre aux Chivanys dans l’actuelle maison Carlot. De ce dernier château, il ne reste qu’un pigeonnier qui paraît dater du XVIème siècle, lequel a encore la totalité de ses boulins, soit 385, ce qui figure une seigneurie de presque 120 hectares. Quelle famille aurait pu faire bâtir un petit château remplacé à la fin du XVIIIè au début du XIVè par l’actuelle demeure Carlot ? On a pu penser à la famille de Fussey.
A la Verpillère et à Boulay, plusieurs maisons très anciennes ont aussi des pigeonniers. A n’en pas douter, ce ont d’anciennes granges ou fermes qui ont appartenu à un seigneur, sans qu’on puisse attribuer à chacune le nom de son possesseur.

Extraits de  »La Gazette de Baudrières » n° 3, Juin 1984