Le raithiau

Denis Jarouillon ère on bon propriétaire, mais il ave na rotta d’enfants. Quand les pieux foâs furint d’âge à travailli, ne pouillant pos tous les othiuper vé li, i fut obligéï d’en envie thiéqu’ons guégni lieuta vie vé les autres. Baptiste, qu’ère le sécond, ave c’ment on on dit des coups, « les côutes en long » ; n’inmant pos piochi la tarra, i partit chorchi na pièche das les villes.
Y’ave à poina 6 mois qu’il ère valet de chambre à Lyon quand, à la fin de la saison, au moment des vacances, i prit des idées de reveni fére on tor au pays. Mais padant son séjour dans la villa de la soie, il ère deveni malin. Pour montrer qu’i n’ère pieux paysan, il allève toujes bien beau, palève Français, si moquève de ses frères ap de ses soeus que palevins bressan, ap ne vouille pieux mangéï ni gaude ni favioules, ni pommes tarre, en diant que tout çan li baillive mau i vatre ; pus, malgré qu’on ère das on moment qu’y a grous de besogne, i ne fiève ran, naturellement.
On jo, po la mécanique, après qu’in éüt marandé, que chaîcon se préparève à reprendre sa pièche pour écourre, li, en pantoufle, paletot ap chemise feîna, se promnève das la cor en regardant travailli les autres. Ayant vu un raîthiau po tarra, au lieu de le ramasser ap de s’en sarvi, i se métut de le tarabuster avec le pid, ap à dire tout foât po fère voir qu’i save bien causer :
— Mon père, comment appelle-t-on cet estrument oratoire ?
Son père n’éüt pos le temps de li répondre : c’ment l’autre épesève sus les dents du raîthiau ave le bout de sa pantoufle, le minche de l’util se drechit brusquement ap s’en allit li taper contre la jüa. Du coup la mémoire li reveni :
— Ouaih ! Qu’i fut, sacré sâle raithiau d’mon thiul !
Tout le monde se métut à rire, li c’ment les autres ; i n’pouille pos fère autrament. Mais le même seï i ringéï son linge das ses malles ap i repartit à Lyon. Depus ce coup on ne l’a jamins revu.

Extrait de : « Les Contes de Panurges » de Jacques Roy ».

Le rateau

Denis Jarouillon est un bon propriétaire (agriculteur propriétaire de sa terre) mais il avait beaucoup d’enfants. Quand les plus jeunes furent en âge de travailler, ne pouvant pas tous les occuper à la ferme, il fut obliger d’en envoyer quelques uns gagner leur vie chez les autres (trouver un emploi ailleurs). Baptiste qui était le second avait comme on dit « les côtes en long » ; n’aimant pas piocher la terre il parti chercher du travail en ville.
Il y avait a peine 6 mois qu’il était valet de chambre à Lyon, quand à la fin de la saison, au moment des vacances, il prit envie de revenir faire un tour au pays.Mais pendant son séjour dans le pays de la soie il était devenu malin (il avait pris la « grosse tête »). Pour montrer qu’il n’était plus un «paysan», il allait toujours bien habillé, parlait bien le Français, se moquait de ses frères et de ses sœurs qui parlaient le Bressan, et ne voulait plus manger ni gaudes, ni favioules, ni pommes de terre (le menu habituel à l’époque) en disant que tout ceci lui donnait mal au ventre. En plus malgré que c’était l’époque des gros travaux à la ferme, il ne faisait rien, naturellement.
Un jour, pour la (non traduit), après qu’on eu mangé, alors que chacun se préparait pour reprendre ses outils pour « battre le grain » , lui, en pantoufles, veste et chemise « fine », se promenait dans la cour de ferme en regardant travailler les autres. Ayant vu un râteau par terre, au lieu de le ramasser et de s’en servir, il se mit à le bouger avec son pied, et à dire bien fort pour montrer qu’il savait bien parler :
— Mon père, comment appelle t’on ce instrument ?
Son père n’eu pas le temps de lui répondre : comme il pesait sur les dents du râteau avec le bout de sa pantoufle, le manche de l’outil se redressa brusquement pour venir lui taper fortement sur la joue. Du coup la mémoire lui revenait :
— Ouaih ! Qu’il s’écria, sacré sale râteau de mon c** !
Tout le monde se mit à rire, lui comme les autres ; il ne pouvait pas faire autrement. Mais le soir même il rangeait ses affaires dans ses valises et il repartit à Lyon. Depuis on ne l’a jamais revu.

Traduction personnelle de l’extrait : « Les Contes de Panurges » de Jacques Roy ».

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