La vache qu’ave foait cinq viaux

On fermier que portève à son propriétaire les sous de son émoudiation errevit, c’ment d’habitude, juste au moment de la maranda. Ordinairement son maître, quand il ère seul, l’invitève à sa triabia po le questionner ap po le fère causer sus les chouses de la culture ; mais ce coup, c’ment i se treuvèrve déjà ave tras autres gros mossieux de ses amis, au lieu de l’inviter le fermier, on le fit sheter das on coin de la salle en lit diant qu’on s’othiuperos de li quand la maranda sero mangia.
Les mossieux mangeaent longtemps, surtout quand la triaba est bonna. Le pouve bougre de fermier que n’ave presque ren deiné afin de pouvoir mieux marander, treuvève en effet le temps long. I se tordève sus sa salla en baillant, se croisève les jambes ap se les décroisève, tantout cheté sus na fesse, tantout sus l’autra, quand son maître, tout por on coup, songit à li :
— Hé ben , Jean-Marie, qu’il li dessit, qu’est-ce qu’y a de noveau à la ferme ?
— Oh noute Mossieu, ren du tout . . .Ah ! que si, tiens . . . j’ins na vache qu’a foai tcinq viaux.
— Cinq viaux ! que firent tous ensemble les quatre marandous, cinq viaux ! Mais çan ne ce voit pos sevent . . . Cinq viaux ! Na vache qu’a foait cinq viaux ! E faudra qu’on mette çan das le jornau, i est un cas exceptionnel.
Après qu’ils eürent longtemps épilogué entre eux sus ce « cas exceptionnel » c’ment is diévint, le maître reprit :
— Mais, dites donc, Jean-Marie, combin qu’alle a de tétons, vouta vache ?
— Oh ! C’ment toute les autres vaches, noute mossieu, alle en a quatre.
— Alors ? C’ment est-ce qu’is érrégeaent, voutés cinq viaux, po se partagi quatre tétons ?
— Ben noute mossieu, j’vas vous dire : i en a quatre qu’en ent chaïcon ion . . . ap le cinthième, i fait comme moi présentement, noute mossieu, il devugne du thiul das son coin en regardant se souler les quatres autres !

Extrait de : « Les Contes de Panurges » de Jacques Roy ».

La vache qui avait fait cinq veaux

Un fermier qui portait à son propriétaire l’argent de son fermage arrivait, comme d’habitude, juste au moment du repas.
Ordinairement son propriétaire, quand ils étaient seuls, l’invitait à sa table pour le questionner et pour le faire parler sur l’agriculture : mais cette fois ci, comme il se trouvait déjà attablé avec trois autres personnes « importantes » qui étaient de ses amis, au lieu d’inviter le fermier, on le fit asseoir dans un coin de la salle en lui disant que l’on s’occuperait de lui quand le repas serait terminé.

Les « Mossieux » mangèrent longtemps, surtout quand la table est bonne. Le pauvre bougre de fermier qui n’avait presque rien dîné afin de pouvoir mieux manger, trouvait en effet le temps long. IL se tordait sur sa chaise, en baillant, se croisait les jambes et puis se les décroisait, tantôt assis sur une fesse, tantôt sur l’autre, quand son propriétaire, tout à coup pensa à lui :
— Et bien, Jean-Marie, qu’il lui disait, qu’es-ce qu’il y a de nouveau à la ferme ?
— Oh, Monsieur, rien du tout . . . Ah si tiens . . . J’ai une vache qui a fait cinq veaux.
— Cinq veaux ! Que firent tous ensemble les quatre invités, cinq veaux ! Mais ça ne se voit pas souvent . . . Cinq veaux ! Une vache qui a fait cinq veaux ! Il faudra que l’on mette ça dans les journaux, c’est un cas exceptionnel.
— Après qu’ils eurent longuement épilogué entre eux sur ce « cas exceptionnel », comment cela pouvait-il se faire, le propriétaire reprit :
— Mais dites donc, Jean-Marie, combien elle a de trayons votre vache ?
— Oh ! Comme toutes les autres vaches, Monsieur, elle en a quatre.
lors ? . . . Comment es-ce qu’ils s’arrangent, vos cinq veaux, pour se partager quatre trayons ?
— « Ben » Monsieur, je vais vous dire : il y en a quatre qui ont en chacun un . . . et puis le cinquième, il fait comme moi actuellement, Monsieur, il « bouge du cul » dans son coin en regardant des goinfrer les quatre autres !

Traduction personnelle de l’extrait : « Les Contes de Panurges » de Jacques Roy ».

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