La thiulotte du beau mossieu

On jo de foère, Bigouillon en boyant sos l’arcade, fut versé, sins u taichi, un verre de vin roge sus la thieulotte bienche d’on beau mossieu cheté à la triaba voisine. Il s’extiusi du mieux qu’i put ; mais l’autre sa fauchi ap se metut à le traiter de sale paysan, foutu cochon, gougeat ; sais-je c’ment tqnt !
— C’ment qui guieulève, m’avoir abimé ma thiulotte nouva . . . , que m’a coté trente francs ! Est-ce que je te cognés, moi ? . . . Est-ce que j’ai été en champ les poas avé tei ? Mal élévé ! . . . Te vas me la payer . . . Ap tout de suite . . . Sinon, bougre de croquant, je vais te fére voir de quiens bous je me chauffe !
Bigouillon ne pouille ran répondre, l’autre ne li en laissive pas le temps. I tiri trentre francs de sa poche, ap il les poussi sus le bout de la triaba.
Mais quand l’autre alli pos les prendres :
— Ah mais ! Qu’il dessit, on moment ! Puisque vos ez fini de guieuler, je vais causer à mon to. Je ne prétends pos payer na thiulotte trente francs ap ne pas l’avoir. Vos allez sorti de dedans, ap vite ! A l’instant même ! Sinon, mille millions de milliards de pommes-tarre ! Je vous ettrape po la miau du derri , ap je vos carroches sos l’autre arcade . . . tant pis si vos rencontrez les pilliers ! . . . Ah bougre de camp-volant, l’vos farrai ben voir , mi, si je sus gendre à ion que n’a point de fille !
L’autre c’machi de veni blanc c’ment sa thiulotte, pus c’ment le monde se rejoigne auto des lieux po rire, i dessit qu’é faile laissé çan à régler po n’autre coup.
Bigouillon reprit ses trente francs , ap i diève après , en s’en allant :
— Ces bougres de mossieu, i’est tout des mêmes. . . Quand on est honnête avé lieux, i vous mangerint de travâs ; mais deins qu’on se fait voir les dents, i sont freids c’ment des m . . . qu’arint passé la neit das les champs.
(traduit du patois savoyard)

Extrait de : « Les Contes de Panurges » de Jacques Roy ».

Le pantalon du beau monsieur

Un jour de foire, BIGOUILLON en buvant sous les arcades, a versé, sans le faire exprès, un verre de vin rouge sur le pantalon blanc d’un beau monsieur assis à la table voisine. IL s’excusa du mieux qu’il pu ; mais l’autre se facha et se mit à le traiter de sale paysan, foutu cochon, gougat, que sais-je encore !
— Comment ! Qu’il cria, m’avoir abîmé mon pantalon neuf . . . qui m’a coûté trente francs ! Et-ce que je te connais moi, moi ? . . . Est-ce que j’ai gardé les cochons au champ avec toi ? Mal élevé ! . . . Tu vas me le payer . . . et tout de suite . . . sinon, bougre de (intraduisible), je vais te faire voir de quel bois je me chauffe !
BIGOUILLON ne pouvait rien répondre, l’autre ne lui en laissant pas le temps. Il tira trente francs de sa poche, et les poussa sur le bout de la table.
Mais quand l’autre alla pour les prendre :
— Ah Mais qu’il lui dit, un moment ! Puisque vous avez fini de gueuler, je vais vous causer à mon tour. Je ne prétends pas payer un pantalon trente francs et ne pas l’avoir. Vous allez sortir de dedans et vite ! A l’instant même ! Sinon, mille millions de milliards de pommes de terres ! Je vous attrape par la peau des fesses, et vous vous balance sous l’autre arcade . . . tant pis si vous rencontrer des piliers. Ah ! Bougre de camp-volant, je fais vous faire voir si je suis (intraduisible).
L’autre commença à devenir blanc comme son pantalon, et puis comme les gens se rejoignaient autour d’eux pour rire, il dit qu’il fallait laisser ça à régler pour une autre fois.
BIGOUILLON repris ses trente francs, et il dit après, en s’en allant :
Ces pauvres bougres de Mossieux, ils sont tous les mêmes . . . Quand on est honnêtes avec eux, ils vous mangerait en travers, mais dès que l’on montre les dents, ils sont froids comme des merdes qui auraient passé la nuit dans un champs.

(Traduit du patois savoyard)

Traduction personnelle de l’extrait : « Les Contes de Panurges » de Jacques Roy ».

.