La pompe

En 93, l’ennia qu’é fut tant la sécheresse, le père Gabahut, on vieux guénâ qu’ère évanci das ses affaires, se rendut on jor à Lons-Le-Sauni pour écheter na pompe afin d’avoir de l’aigue à volonté. Son choix foait, i se préparève à s’en reveni quand son marchand li demandit si é ne faille pos li envie n’ouvri po l’installer.
— Oh! Non, qu’i répondut, je n’ai pos fauta de nion ; nouton Jean-Marie que fait tout ce qu’on vout l’installera ben.
Huit jos après, le marchand vut rérever mon père Gabahut ave son châ, ap sa pompe dessus.
— Ah ! ben ! qu’le vieux se métut à creier tout de suite, vous m’ez bien sarvi ! vouta sacré mécanique ne vaut ren du tout ! . . .
Ap , j’neins pieus d’aigues po noutes bétes. E faut que vos m’en rebaillins n’autra tout de suite, na maillou . . . ou ben vous me rendins mes sous . . .
Pus, c’ment le marchand s’étonnève :
— i’est c’ment j’vos dis, nouton Jean-Marie l’a pousée tout de suite. Bien dreita, bien d’aplomb. Chetout qu’alle a été pousia je me sus mis à pomper. J’ai pompé n’houra de temps sins qu’é sorte na gotta d’aigue. Jean-Marie ma rempiéchi, il a pompé padant deux heures : ren ! Nouta fomma s’y a mis : ren ! Noutés dués filles ap le vachi s’y ent encore mis : toujes ren ! Quand j’ai vu çan, c’ment i vëgne neit, j’sins allé soupé, ap nous thiuchi après. J’nos ins relevés à 2 heures du métin, ap j’nos ins recampés. J’ins pompé tout l’jo, à chinge-to. i’a oncore été de méme. J’ins regardé, j’ins éthiuté, dedans pu auto, je n’ins pos cognu qu’é manquève ren. Tous les jos j’ins pompé, tous les jos y’a été la méma chousa. Quand j’ins vu çan, j’l’ins enlevée, j’l’ins remis su le châ … ap j’vos la ramëne …vos poutes la regarder, alle est sëche c’ment l’thiul d’on trépassé . . . i’est la preuve que n’y a pos passé na gotta d’aigue dedans …ap c’ment j’vos dit : é faut que vos m’en rebaillins n’autra . . . ou ben que vos me radins mes sous.
Le marchand ne save pos trop que dire. A la fin portant, i demandit :
— Mais . . . vouton poets ? . . . y a-t-i de l’aigue dedans ?
— Hein ? nouton poets ? que répondut le père Gabahut en ouvrant dos grands oeux, j’n’ins point de poets ! . . . mais, tonnerre de cinq cents bons dioux ! qu’i reprit en levant les brés, si j’avins un poets j’n’arrins pas fauta de vouta pompe !

Extrait de : « Les Contes de Panurges » de Jacques Roy ».

La pompe

En 1893, l’année où il y eu une grande sécheresse, le père Gabahut, un vieux (?) qui était en avance dans ses affaires, se rendit un jour à Lons le Saunier pour acheter une pompe pour avoir de l’eau à tout moment. Son choix fait, il se préparait à revenir quand le marchand lui demanda s’il ne lui faudrait pas qu’il lui envoie un ouvrier pour l’installer.
— Oh ! non, qu’il répondit, je n’ai besoin de personne, notre Jean-Marie, qui fait tout ce que l’on veut, l’installera bien.
Huit jours après le marchand vit revenir le père Gabahut avec son char et avec la pompe dessus.
— Ah ! Bien ! Que le vieux se mis à crier tout de suite, vous m’avez bien servi : votre sacré mécanique ne vaut rien du tout, mais rien du tout !
Et nous n’avons plus d’eau pour nos bêtes. Il faut que vous m’en redonner une tout de suite. Une meilleure. Où bien vous me rendez mon argent.
Mais comme le marchand s’étonnait :
— C’est comme je vous le dis. Notre Jean-Marie l’a posée tout de suite. Bien droite, bien d’aplomb. Dès qu’elle a été posée, je me suis mis à pomper. J’ai pompé pendant une heure sans qu’il sorte une goutte d’eau. Jean-Marie m’a remplacé, il a pompé pendant deux heures : rien. Ma femme s’y est mis : rien. Nos deux filles et le vacher s’y sont mis aussi : toujours rien. Quand j’ai vu ça, comme la nuit tombait, nous sommes allé souper et nous coucher ensuite. Nous nous sommes relevés à deux heures du matin et nous avons recommencé. Nous avons pompé toute la journée, à change-tour. Il a encore été de même. Nous avons regardé, nous avons écouté dedans puis autour, nous n’avons pas remarqué qu’il manquait quelque chose. Tous les jours nous avons pompé, tous les jours cela a été la même chose. Quand nous avons vu ça, nous l’avons enlevée, nous l ‘avons remise sur le char . . . et je vous la ramène . . . Vous pouvez la regarder, elle est sèche comme le c** d’un mort . . . c’est la preuve qu’il n’y a pas passé une seule goutte d’eau dedans . . . et c’est comme je vous dis : il faut m’en redonner une autre . . . où bien que vous me rendez mon argent.
Le marchand ne savait pas trop que dire. A la fin pourtant il demanda :
— Mais votre puit ? Il y a-t-il de l’eau dedans ?
— Hein ? notre puit ? que répondit le père Gabahut en ouvrant des grands yeux, nous n’avons pas de puit ! . . . mais tonnerre de cinq cents bon dieux ! qu’il reprit en levant les bras, si nous avions un puit nous n’aurions pas besoin de votre pompe !

Traduction personnelle de l’extrait : « Les Contes de Panurges » de Jacques Roy ».

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