La Gustine

En est en 1949, juste aprés la guerre. La Gustine est mariée aveu Glaude-Marie, au cultivant yeu târes. Au-l-en un garçon, Marcel, qui vint d’se marier aveu la Janine, apeu au restant un bout pu loin.
La Gustine s’en va chez san garçon, pou r’pourter la souaille qu’au y’avo prôtée.
Il arrive, pouse sa souaille, tape au carreau, apeu rentre chez yeu.
Mâ quian qu’il voit ! La Janine, qu’a c’pendant entendu licoter la pôrte, n’a pas évu l’temps de rien fâre, est nue c’ment un vartô, couchie su l’fauteuil. Y sento ban apeu y’avo dla musique pas fôrte du tout.
– « Mâ qu’est dan qu’te fâ dans c’t’accoutrement ? » qu’il l’y dit.
– « J’attends Marcel qu’est touhouje pâ rentré du boulot », la Janine répand.
– « Mâ t’es toute nue ! » continiue la Gustine.
– « Y’est ma robe d’amour » dit la Janine. « Il t’le met dans d’ces états c’ment vous n’pouvez pas savoare. Au me r’gnue, au me r’torne, au me r’louache, au m’fregone, y peut deurer des heures. À n’en pieu fini ! »
La Gustine s’renrtorne chez soi. Glaude-Marie éto déjà à l’écurie en train d’panser. Y y’est v’ni aine idée. Il va à l’écurie tiri ses quat vèches, r’torne à sa cuisine, met d’iau à chauffer su l’poële, prépare vite fait à souper en cassant quatre u pou fare aine omelette. Il se lave c’ment un faut en s’réqueurant bien so les brés apeu entremet les artois apeu, met du sentiban su soi apeu dans la pièce, s’met toute nue, s’couche su l’fauteuil apeu il attend Glaude-Marie.
Au-l-arrive, apeu au l’la voit dans c’t’état.
« Mâ qu’est-ce qu’est dan qu’çan ? » qu’au ll’y dit.
« Y’est ma robe d’amour » répand la Gustine, en le r’gardant en coin, d’un air piaint de chtivté.
« Il a fôte de rpasser » qu’au dit. « Qu’est-ce quia à mangi ? »

Jean Settin de Granbeurdin,
de l’Académie de patois des Cortiboußoux

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