Jacques Roy

D’une vieille famille bressane de cultivateurs, cultivateur lui même, Jacques Roy est né le 13 mars 1870 à la Buchaillère, commune de Sagy dans la petite maisons, aux murs crevassés et noircis, qu’il a habité toute sa vie. En sortant de l’école muni de son certificat d’études, il travailla la terre avec ses parents ; il alla en journées chez des voisins pour les travaux d’été et, en hiver, il fut employé avec son père à creuser, dans les bois, des fossés d’assainissement à 6 centimes du  mètre. « Si ces concitoyens  – c’est lui même qui parle et beaucoup trop modestement ! — n’ont jamais fait beaucoup de cas de ses productions littéraires, ils l’ont toujours considéré comme un habile fossoyeur » !

C’est alors qu’il commença à écrire quelques contes sur ses genoux, les soirs d’hiver, en se faisant sécher les talons. Il n’a rien inventé – a t’il dit lui même – en fait de contes en patois. Il les a transcrits le plus fidèlement qu’il a pu, tels qu’il les a entendus de la bouche de son père et de ses proches voisins, car si nos aïeux ne savaient pas écrire, ils étaient inégalables dans l’art de bien dire. En leur patois familier, ils narraient avec un grand sérieux des farces, des histoires arrivées, rapides, concises, au dénouement presque toujours imprévu, avec des locutions pittoresques, émaillées de jurons crépitants et cocasses. Ces contes étaient un peu grossiers, comme l’habillement et la vie quotidienne de leurs animateurs ; ils étaient même un peu irrévérencieux envers les puissants et les grands de ce monde . . . et même tout simplement envers les « velatons » (habitants de la ville) qui, alors, considéraient un peu les paysans comme des frères inférieurs.

Tous les personnages qui animent ses contes ont leur physionomie propre et singulière.  Ce sont des gens du métier pour la plupart. Petits métiers : meneurs de vielle, colporteurs couchant dans les étables, couvreurs à paille, « peignards » de chanvre, etc … Ajoutez à cela des animaux étranges : chevaux qui se défond dès qu’on les faits passer dans l’eau, biquets insaisissables qui vous font courir d’un bout de la lande à l’autre durant une nuit entière, coqs féroces nourris de pain bénit, loups blancs invulnérables… et sorcières, dames blanches, wouivres orjus et loups-garous !

Toute la personnalité de Panurge pouvait se résumer, disait-il lui même, dans ces deux vers de son  épitaphe :

Ici repose Jacques Roy,

Qui fut bien Jacques mais non Roi

Ou encore dans ce fragment d’oraison funèbre qu’il montrait à quelqu’un de ses amis :

Panurge est moât, le pouvre vieux !

Y n’a pos foâit grand ben sus tarra.

Mais n’a pas foâit grand mau non pieus.

N’allins pos li jeter la piarra !

Ainsi soit-il !

Extraits de la préface du livre.

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