Conscrits, origine

Cette tradition est originaire de Villefranche-sur-Saône. Sous le Second Empire, une nouvelle loi sur la conscription militaire imposait à tous les jeunes gens, un tirage au sort. Un simple numéro puisé dans une urne avec une frange tricolore décidait si le conscrit allait faire son service militaire pour 7 ans ou s’il en était dispensé.
La loi permettait à ceux qui en avaient les moyens de payer un remplaçant. Les compagnies d’assurance offraient contre paiement d’une prime, un supplétif à ceux que le tirage au sort avait désignés pour partir.
La loi de 1872, au début de la Troisième République, établit l’obligation militaire pour tous. Cependant un tirage au sort, subsistait pour départager ceux qui allaient servir dans l’infanterie de marine pour 5 ans puis 4 ans et ceux qui ne devaient servir que 6 mois ou 1 an.
La loi de 1889, fixa la durée du service militaire égale pour tous à 3 ans. Le tirage au sort subsista symboliquement.
La loi du 21 mars 1905 abolit le tirage au sort et fixa la durée d’incorporation à 2 ans. C’est à partir de cette date que les hommes de quarante ans s’associent pour fêter l’anniversaire de leur tirage au sort, puis par la suite, tous les âges de 10 à 100 ans !
Avant cette date, le tirage au sort était important dans la vie de tous les hommes puisqu’il définissait leur destinée pour plusieurs années. Ce tirage au sort avait lieu en public au début de chaque année, le premier jour de la semaine dans tous les chefs-lieux de canton en présence du préfet, assisté du maire de la commune. Au petit matin chacun était en droit d’espérer et à midi tout était consommé.
Pour combattre le stress de cette journée, les jeunes gens en âge de ce tirage au sort se réunissaient la veille, pour chanter, boire, consommer et danser pendant le banquet qui durait toute la nuit. Ils revêtaient un complet noir et un gibus qui n’étaient ensuite utilisés que le jour de leur mariage. La première année, en 1798, deux jeunes gens se présentèrent au tirage au sort dans cette tenue car ils n’avaient pas eu le temps de changer de vêtements.
Par la suite tous les conscrits ont gardé cette tenue. Après la Grande Guerre, cette fête a peu à peu perdu ses références militaires et est devenue une réunion pour chanter sa joie de se retrouver ensemble et de vivre dans le Beaujolais.
A partir de 1921, on porte le bouquet aux jeunes filles de 20 ans.
On remplace le défilé au pas cadencé par un cortège où l’on se donne le bras en formant une « vague ». Cette fête devient familiale, tous les participants de conditions sociales et de formations différentes se retrouvent fraternellement.
Cette manifestation s’est peu à peu propagée dans les autres cantons du nord du département du Rhône et maintenant existe même dans le sud de la Bourgogne, comme à Maçon. Elle prend différentes formes, la vague ou le costume n’existe pas partout mais l’esprit est le même, les amicales de classes transcendent les distinctions sociales, c’est à dire les dépassent pour se transformer en solidarité.

Sources : Article de André Burel inspiré du livre « les conscrits de Villefranche en Beaujolais » de J.J Pignard