Baudrières, commune aux mille visages

« 1976, Baudrières, commune aux mille visages, a su donner un coup de frein à l’exode rural »

Jamais encore nous n’avions eu l’occasion de consacrer un reportage à la commune de Baudrières et cependant cette bourgade accueillante, pivot entre Chalon et la Bresse, en vaut la peine. Elle offre à la fois un aspect urbain et rural par sa situation géographique dans le triangle Louhans -Tournus-Chalon-sur-Saône, trois villes situées à 17 kilomètres du point d’attache.

Si le milieu agricole domine encore largement dans ce village, il faut tout de même tenir compte de la poussée ouvrière avec l’implantation sur place de deux unités de production et de ce retour ville campagne qui fait revenir au bercail les anciens habitants de Baudrières, de jeunes couples en particulier, afin de retrouver là un peu de leurs meilleures années et surtout profiter des bienfaits de la nature. Ces gens-là, le plus souvent, s’en vont travailler à Chalon, Simandre, Tournus, dans des usines importantes. Baudrières  compte dans ses murs un peu plus de 700 habitants. Ce chiffre est approximatif puisqu’au moment du recensement en février 1975, bon nombre de personnes âgées qui s’exilent pour passer l’hiver ont été recensées à l’extérieur. Depuis ce jour encore six familles sont venues résider sur le territoire et ont ainsi renforcé le mouvement démographique. La population va s’accroître encore car d’autres familles ont choisi de s’installer prochainement.

Comme nous le verrons par la suite, Baudrières offre un peu l’aspect d’une commune pilote aux traits différents. Parmi tous, le plus marquant est sans conteste ce coup de frein qu’elle a su donner à temps à l’exode rural. Petite sœur du chef-lieu de canton de Saint-Germain-du-Plain, héritière d’une décentralisation de la grande ville, elle peut se tourner résolument vers l’avenir. Au fil des ans, son extension se manifestera certainement à un rythme accéléré.

Les nostalgiques du passé, enfin, seront heureux d’entendre parler du diable de Saugy, du relais des diligences à Tenarre  où Madame de Sévigné s’arrêtait fréquemment pour écrire des lettres à sa fille, deux sujets distincts qui valorisent l’Histoire de ce pays dans laquelle les nouvelles générations aiment à se retremper.

 Si les membres du troisième âge viennent à l’heure actuelle en tête, dans l’album de la vie, il ne faut cependant pas oublier que la sève nouvelle monte avec les jeunes ménages, de plus en plus nombreux à se fixer dans ces lieux. L’année dernière, 75 enfants fréquentaient l’école primaire, ce qui n’est pas mal du tout.

 Bien que dernièrement plusieurs boutiques aient fermé leurs portes, le commerce et l’artisanat sont représentés par un pourcentage honnête avec deux alimentations, trois restaurants dont deux à Tenarre, un café, une boulangerie, deux ateliers de forge- ferronnerie, complétés par des commerces de cycles, quincaillerie, un marchand de cycles à Tenarre, un plombier-zingueur, nouvellement installé aux  Chevanys , un plâtrier- peintre, une entreprise de maçonnerie, une antiquaire au bourg dont la maison rustique, rénovée et décorée du meilleur goût ne passe pas inaperçue.

Implantée en 1969 à Saugy, la société avicole Studler, dont le siège est à Morlay, apporta le lancement d’une ère nouvelle. Spécialisée dans la production de poussine et de pintadeaux d’un jour, elle emploie une quarantaine d’ouvriers. En 1972, un enfant du pays, M. Serge Carlot, à son tour, se souciait de faire marcher sa commune dans la voie industrielle en créant de toutes pièces une boyauderie, aux Chevanys. Rare, puisqu’il en existe seulement trois en France, ce centre de conditionnement allait permettre l’embauche de personnel féminin et par la suite des couples, résidant sur place, des personnes, des jeunes des communes environnantes. Là aussi, on compte environ 40 emplois. Au hameau de Boulay, la minoterie Gay, connue depuis fort longtemps dans la région, poursuit son bonhomme de chemin avec six ouvriers et au bourg la Maison Incerti est spécialisée dans les produits de nutrition animale.

 On ne dénombre pas moins de 14 associations. Pour les enfants : le comité de la cantine scolaire, l’amicale laïque, la coopérative scolaire, apportent un éventail de choix. A cela il faut ajouter les associations animées par les adultes : le bureau d’aide sociale, la société de secours mutuel, l’amicale des donneurs de sang, les anciens d’Algérie, les anciens prisonniers, la société de chasse très florissante, le club sportif intercommunal Saint- Germain-du-Plain – Baudrières, le foyer des jeunes. Au niveau agricole on trouve l’existence d’un syndicat, d’un groupement de vulgarisation, d’une coopérative d’utilisation de matériel en commun

Avec Monsieur René Lombard, maire, nous avons effectué un vaste tour d’horizon sur les équipements et les préoccupations communales.

La mairie, le bureau de poste, l’église romane placée sous le vocable de Saint-Pierre, remarquable par son portail d’entrée, son clocher en pierre et sa tour, le presbytère, deux groupes scolaires, le restaurant d’enfants reconstruit, aménagé, modernisé sur tous les plans, en 1972, sont autant de locaux à entretenir. De ce côté ci, un grand pas s’est dessiné ces dernières années. La poste est devenue accueillante après une bonne toilette, l’église a vu sa toiture réfectionnée totalement, il y a quatre ans, ainsi que son intérieur entièrement rénové. En 1975, les cloches ont été électrifiées. A la rentrée, toutes les classes seront pourvues du chauffage au gaz. En ce moment, celles du bâtiment situé route de Boulay reçoivent visite des peintres pour un rajeunissement complet.

Un programme de renforcement de l’électrification sur l’ensemble de la commune est prévu en trois tranches. La première est en voie de réalisation.

Un ruban de 80 km de chemin communaux appelle, l’on s’en doute, de temps à autres des travaux. Les principales voies sont goudronnées. Reste à faire subir même opération aux chemins ruraux. Chaque année, le conseil municipal fait un effort dans ce sens.

Une tranche importante d’adduction d’eau sur Roussenne et Saugy s’exécute en ce moment, elle sera bientôt terminée. Au printemps dernier, les Chevanys et Tenarre ont été pourvus. En 1977, toute la bourgade devrait être desservie correctement.

Fort d’une soixantaine d’abonnés, le réseau téléphonique s’est automatisé en 1975. A ce jour, 20 nouvelles demandes sont en instance.

Depuis 7 ans, 30 maisons individuelles se sont élevées dans divers quartiers, 10 permis de construire sont en instance et le futur lotissement de Boulay, offrant 12 lots d’une superficie de 12 à 25 ares chacun, s’est vu honoré de demandes dès son projet, les emplacements sont pratiquement tous vendus. L’accélération de la construction n’en restera pas là. La zone industrielle Chalon-Sud devrait entraîner ce courant dans le secteur du bâtiment.

Dans cette longue énumération les deux problèmes prioritaires pour le premier magistrat de la commune et ses collaborateurs, demeurent, comme dans bien des localités, la voirie et l’électrification.

 Le personnel communal se compose de Monsieur Pierre Vionnet, secrétaire de mairie, de Monsieur Aimé Gautheron, cantonnier et garde champêtre, de Monsieur Léon Carlot, cantonnier et de Madame Georgette Gautheron, préposée à divers services. Bien qu’ils n’aient rien à voir avec le personnel communal, il est bon de mentionner la présence de trois enseignants,  monsieur Pierre Vionnet, instituteur et directeur d’écoles,  monsieur Jean Susteck et madame Michèle Susteck, instituteurs.

La majorité des exploitations agricole atteignent 40 hectares. Par ailleurs, il faut parler de l’existence de quatre groupements agricole d’exploitation en commun  et de la mise en marche de plusieurs importantes porcheries. En plus de cela, les cultures maraîchères occupent une petite place, avec trois maraîchers, dont l’un fait l’expédition de légumes.

Baudrières adhère à trois syndicats intercommunaux,  le syndicat des eaux de Chalon-sud-est, le syndicat d’électrification de la Basse-Seille, le syndicat des bassins versants de la Tenarre et de la Noue. Ces dernières années, la Tenarre et la Noue ont subi un nettoyage en règle.

Avec ses 2 700 hectares dont 700 en surface boisée, Baudrières est l’une des communes les plus étendues du département. Comme détente pour la  population, les visiteurs, la pêche, avec son cours d’eau  poissonneux, attire chaque  week-end des dizaines de chevaliers de la gaule. Bientôt les chasseurs leur  succéderont pour traquer le  lièvre dans les forêts  particulièrement giboyeuses.

Baudrières, parti sur la route du progrès, a désormais pour mission d’innover, de prévoir le lendemain. Son maire, monsieur René Lombard,54 ans, membre de l’assemblée communale depuis 24 ans, en qualité de premier adjoint élu à la tête de la commune en 1973 à la suite du décès de monsieur Claude Poncet, s’efforcera, avec l’équipe municipale, composée de messieurs  André Chapelle et Marcel Tissot  adjoints et de 13 conseillers, de conduire dans les meilleures conditions les destinées de sa commune pour assurer à ses concitoyens une certaine qualité de la vie. Elle est déjà, si l’on se place au niveau artistique, commencée, avec les décorations florales, d’agrément, que savent si bien mettre en valeur ces dames.

Ainsi, Baudrières poursuit allègrement son bonhomme de chemin, mais comme toutes les communes de moins de 1 000 habitants ses moyens sont limités. Néanmoins, les autorités font ce qu’elles peuvent pour faire aller de l’avant cette bourgade.

Le Courrier de Saône et Loire, le 29 septembre 1976